Ce que le Carême m'a vraiment appris
Se redécouvrir, revenir à l'essentiel, et recommencer à prier pour les autres.
Je n'avais pas prévu d'écrire cet article.
Parler de spiritualité ou de religion en public, c'est compliqué. On se fait juger, dans un sens ou dans l'autre. Pendant longtemps, j'ai préféré rester neutre sur ce sujet. Ne pas exposer ma foi, ne pas en faire un sujet de blog. La garder pour moi, bien rangée dans la partie privée de ma vie.
Et puis cette année, quelque chose a changé. Le Carême 2025 a été différent des précédents. Il m'a traversée d'une façon que je n'attendais pas. Et je me suis dit que si je tenais un média qui parle de transformation, de reconstruction, de vie réelle, alors je ne pouvais pas faire l'impasse sur ce qui m'a réellement transformée. Même si c'est inconfortable à écrire… Surtout parce que c'est inconfortable.
Alors voilà. Je parle de foi aujourd'hui. Pas pour convaincre qui que ce soit. Juste pour témoigner de ce que j'ai vécu.
Les trois piliers du Carême : un rappel
Le Carême s'articule autour de trois pratiques fondamentales : la prière, le jeûne et l'aumône. Ce n'est pas une liste de contraintes, c'est une architecture. Trois façons de faire de la place.
La prière, c'est se tourner vers Dieu. Créer du silence intérieur dans une vie souvent saturée de bruit. Le jeûne, c'est se confronter à ses dépendances : pas nécessairement à la nourriture, mais à tout ce qui anesthésie. L'aumône, c'est regarder au-delà de soi, se rappeler qu'on n'est pas seul sur terre.
1. Me redécouvrir
La première leçon, c'est la plus fondamentale : je m'étais perdue. Pas dramatiquement, pas d'un coup, mais progressivement, à force d'être dans l'action, dans la performance, dans le faire. Je savais qui j'étais pour les autres. Je ne savais plus très bien qui j'étais pour moi.
Le Carême m'a offert un espace pour poser la question. Pas pour trouver une réponse définitive : il n'y en a pas ! Mais pour recommencer à chercher. Remettre des bases. Revenir à des gestes simples, à des silences choisis, à une intériorité que j'avais mise en veille.
On ne se redécouvre pas en une semaine. Mais on peut commencer.
2. Prier pour lui aussi
Celui-là, je ne l'avais pas vu venir.
Le Carême m'a rappelé quelque chose d'évident que j'avais oublié : mon mari et moi, nous sommes une team… Pas seulement dans le sens courant du terme, dans le sens profond. Deux personnes qui partagent une vie, une maison en chantier, des enfants, des doutes et des rêves. Deux personnes liées.
Et pourtant, dans ma pratique spirituelle, j'avais glissé vers quelque chose de très individuel. Je priais pour moi. Pour ma reconstruction, mes projets, mes peurs, mes enfants. Ce n'est pas mal, c'est même nécessaire. Mais j'avais oublié de prier pour lui. De l'accompagner spirituellement, pas seulement logistiquement.
« L'amour ne cherche pas son intérêt. » (1 Co 13,5)
3. Le jeûne : faire moins pour entendre plus
On vit dans une époque de trop. Trop d'informations, trop de bruit, trop de sollicitations. Et dans ce trop, on perd le contact avec soi-même. Ce qui m'a frappée cette année, c'est que Jésus lui-même pratiquait ce retrait — pas pour fuir, pour se reconcentrer sur sa mission.
« Après avoir renvoyé la foule, il monta dans la montagne, à l'écart, pour prier. » (Mt 14,23)
4. Le temps travaille pour toi
J'ai une relation compliquée avec le temps : je veux toujours aller vite. Le Carême, c'est 40 jours pour une raison — certaines choses ont besoin de durée pour prendre racine. On ne reconstruit pas une foi, une confiance en soi, une relation en claquant des doigts.
5. Marthe et Marie : la parabole de mon burnout
C'est en écoutant une émission sur EMCI TV que j'ai enfin saisi la vraie profondeur de ce passage. Marthe ne faisait pas mal : elle s'était laissé emporter par ce que tout ça représentait aux yeux des autres. Marie avait choisi ce qui comptait vraiment, même moins visible.
Quand j'ai compris ça, j'ai reconnu exactement où j'en étais en 2025, quand le burnout m'a rattrapée. J'étais Marthe. Entièrement. Je fonctionnais au devoir de loyauté, à l'image, à ce que ça représentait. Pas par sens profond. Par obligation intériorisée.
« Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10,42)
Ce que j’en conclus
Ce Carême ne ressemblait pas aux précédents. Il était moins propre, moins linéaire. Il s'est passé dans une maison en travaux, dans une vie en reconstruction, avec des doutes vrais et des silences parfois inconfortables. Mais c'est peut-être pour ça qu'il a été le plus utile.
Je ne sais pas où tu en es avec ta foi (ou si tu en as une). Mais je crois que ces cinq leçons n'appartiennent pas qu'au Carême. Elles appartiennent à n'importe quelle période où on essaie de revenir à soi.
Sources
- À table avec Anabelle — EMCI TV
Émission qui a permis de comprendre la profondeur de la parabole de Marthe et Marie.
Autres expériences — Le Journal
Le mythe de la collaboratrice infatigable
Dix ans à porter le travail de plusieurs personnes avec le titre d'une seule. Le récit d'un mécanisme, pas d'un règlement de comptes.
Le Manifeste du Journal Crocodile
Le texte fondateur du site, publié avant même le premier coup de peinture. Une archive : le burn-out est un chapitre, pas une marque.